Blog

« Loi Rilhac 2 » : l’autonomie des écoles contre l’École de la République

Rappelons la « loi Rihlac 1 ». Elle a été adoptée le 21 décembre 2021sur proposition de Cécile Rilhac, députée Renaissance du Val-d’Oise.

La loi donne aux directeurs d’école une « autorité fonctionnelle » par délégation du DASEN qui définit la feuille de route à suivre. Ceci a permis par exemple « l’expérimentation » à Marseille : 58 écoles pour lesquelles les enseignants sont recrutés par une commission de deux IEN, le directeur et un enseignant de l’école.

Et pour boucler la boucle, la loi permet aux Conseils d’école de prendre des décisions et impose aux directeurs d’« entériner les décisions qui y sont prises et les mettre en œuvre ».
L’école et son directeur deviendrait ainsi les proies de toutes les pressions locales qu’elles soient politiques, associatives ou autres.

Cela n’a plus rien à voir avec l’École de la République.

Voici que la députée va maintenant jusqu’au bout de sa logique avec une nouvelle proposition de loi. Il s’agit de donner aux écoles un statut juridique en les transformant en « Établissement Public Local d’Enseignement Primaire » (EPLEP)

Dans l’exposé des motifs (que chacun peut consulter sur internet…), Cécile Rilhac donne d’emblée l’objet de sa proposition de loi : « (…) le conseil d’école ne dispose que d’un pouvoir décisionnaire extrêmement limité. En effet, son rôle se cantonne à donner des avis et à présenter des suggestions sur le fonctionnement et la vie de l’école ; ainsi qu’à adopter le règlement intérieur et le projet d’école. Ces deux derniers textes sont d’ailleurs étroitement encadrés par les normes nationales en la matière et soumis à la validation du seul chef de service direct de l’école primaire : l’inspecteur d’académie, directeur des services départementaux de l’Éducation nationale. »

Traduisons : les écoles ne sont pas assez autonomes !

La députée note aussi « une différenciation des moyens » des écoles et propose comme solution « Aussi, pour apporter une solution pérenne et globale, la présente proposition de loi entend donner un statut juridique aux écoles maternelles, élémentaires et primaires pour en faire des établissements publics locaux d’enseignement primaire. Ce statut permettrait de donner les moyens aux équipes pédagogiques, en concertation avec les acteurs locaux, de concrétiser les projets adaptés à leurs écoles »

En clair : les directeurs d’école vont partir à la chasse aux subventions !

Et Cécile Rilhac conclut son exposé des motifs par : « Le projet de ces établissements veillera ainsi à trouver un équilibre entre la liberté pédagogique de chaque enseignant, le projet éducatif territorial porté par la municipalité et les interactions, impératives, entre tous les acteurs. En réajustant le pouvoir de décision de chacun au sein du conseil d’école, qui devient administrateur de l’établissement public local d’enseignement primaire, la place de la municipalité se voit également réaffirmée. Tels sont donc les objets de cette proposition de loi. »

Elle le dit elle-même : municipalisation des écoles avec « tous les acteurs » qui décideront des projets éducatifs, c’est-à-dire, au bout du compte, de l’enseignement !

On pourrait donc s’attendre à ce que la FNDDEN s’insurge contre cette destruction de l’École de la République, qu’elle exige le retour à un Conseil d’école qui ne soit pas une instance « décisionnaire » qui puisse remettre en cause le caractère national de l’enseignement public !

Et bien non : le Président Eddy Khaldi, dans un argumentaire pour « défendre notre fonction », demande à rencontrer la députée pour discuter de l’article qui indique que « le Délégué départemental de l’Éducation nationale est membre de droit du Conseil d’école avec voix consultative » qu’il considère comme une « profonde remise en cause de notre fonction » considérée comme une « éventuelle exclusion des décisions collectives ».

Est-ce bien le sujet ?

Faut-il que le DDEN soit celui qui arbitre entre telle ou telle décision ? Tel ou tel projet pédagogique ? Faut-il qu’il se range d’un côté ou de l’autre des « acteurs locaux » ? Pour le maire ou contre le maire ? Pour les enseignants ou contre les enseignants ? Pour les parents d’élèves ou contre les parents d’élèves ?

Affirmer, comme le fait le Président Khaldi dans son document « Le caractère officiel de la fonction confère au DDEN un rôle opérationnel qui, par l’expression de sa voix délibérative, peut être déterminante dans les décisions du Conseil d’école » n’est-ce pas aller dans le sens voulu par la députée Rilhac ?

L’argumentaire du Président national poursuit : « Le DDEN est un fonctionnaire bénévole mandaté par l’État pour exercer une fonction officielle para-administrative dont les compétences sont inscrites dans le Code de l’Éducation »

Le code de l’Éducation parle de « bénévole », pas de « fonctionnaire bénévole », de « fonction officielle », pas de « fonction officielle para-administrative ».

Où veut en venir le Président Khaldi ? Au bout du compte l’indépendance absolue dont jouissent aujourd’hui les DDEN ne serait-elle pas remise en cause ? Un fonctionnaire a un supérieur hiérarchique, un DDEN aussi ?

Enfin notons, et ce n’est pas secondaire, que la majorité des syndicats d’enseignants du Premier degré considère que les propositions de madame Rilhac ne correspondent pas à leurs revendications (mis à part ceux que, curieusement, Cécile Rilhac cite nommément comme ses soutiens le SGEN-CFDT et le SE-UNSA).

La loi « Rilhac 1 » déjà votée et la proposition « Rilhac 2 » sont une machine de guerre contre l’École publique, laïque et républicaine. C’est la seule conclusion possible.

Les missions des DDEN  sont-elles compatibles avec l’autonomie  des établissements scolaires

Le “Délégué laïque” ne pouvait que participer à la discussion très riche qui s’est engagée entre la plupart des organisations et associations composantes du mouvement laïque pour trouver ensemble les voies et les moyens de son rassemblement face à l’entreprise de démantèlement de l’Éducation Nationale.

Rappelons donc les doubles fonctions des DDEN :

– Les fonctions administratives, consignées dans des articles du Code de l’Éducation, font des DDEN des membres de droit des Conseils d’Écoles où ils sont affectés et des interlocuteurs de l’IEN de leur circonscription, du Maire de la Commune et du DASEN. Lanceurs d’alerte et médiateurs sur les conditions de la vie scolaire, hygiène et sécurité, bâti scolaire, conditions d’enseignement, restauration et transport scolaires, droits des enfants handicapés… leur indépendance est fondée sur ces missions.

– Les fonctions associatives, loi de1901, leur permettent de se regrouper dans des Unions Départementales indépendantes et d’unir librement leurs efforts pour défendre, en toutes circonstances, l’École Laïque, la seule École de la République.

La législation nationale basée sur les mêmes règles pour toutes les écoles publiques du pays a amené à constituer une Fédération nationale des Unions départementales avec statuts, règlement intérieur, Congrès national… Cette Fédération a été historiquement lié au Syndicat National des Instituteurs, fondateur de la FCPE et du Comité National d’Action Laïque (le CNAL) avec la FEN et la Ligue de l’Enseignement.

Ce rassemblement des principales Associations laïques a permis la fantastique mobilisation incarnée par la collecte de la signature de la majorité des citoyens du pays exigeant l’abrogation de la loi Debré du 31 décembre 1959 imposant le financement des écoles privées, en très grande majorité catholiques, par les fonds publics. (Voir l’article comprenant le Serment de Vincennes).

Après la débandade d’un projet de loi Savary (1983-84) qui fut finalement retirée, le SNI et la FEN éclateront ce qui fera perdre au CNAL beaucoup de sa représentativité et son autorité.

Derrière l’objectif affiché de passer de « l’Éducation Nationale » à « l’école territoriale » ne se cache même plus une volonté de l’État de se débarrasser de la charge d’un enseignement public, gratuit et laïque, fondé sur des programmes scolaires, des examens et diplômes nationaux avec des personnels fonctionnaires d’État et toutes les garanties qui s’y rattachent. Des établissements scolaires « autonomes » ayant chacun leur « projet éducatif propre » avec recrutement local des personnels et la transformation du Directeur en employeur choisissant ses collaborateurs (loi Rilhac) n’irait-on pas vers le modèle des établissements privés ?

Si tel était le cas, les DDEN perdraient leur indépendance garantie par une législation nationale dans tous les domaines de la vie scolaire.

Ils deviendraient « les partenaires » voire « des collaborateurs », d’une « autorité territoriale » disposant du pouvoir d’arranger à sa sauce les établissements scolaires autonomes de sa juridiction. C’est la voie que Mme Pécresse préconise pour l’Ile-de-France et qu’ouvre la loi Rilhac pour les écoles primaires…

Quand les autorités gouvernementales choisissent comme ministre des Défenseurs acharnés des écoles privées qu’ils arrosent de fonds publics pour les enfants des classes sociales privilégiées, ne doit-on pas tout faire pour rassembler, dans une même résistance unitaire, tous les laïques ?

Les DDEN peuvent-ils rester en dehors de cette union nécessaire ? Poser la question c’est y répondre.

Respectés dans nos écoles pour notre engagement au côté des personnels et des parents d’élèves en défense de l’École publique nous saurons occuper notre place dans cette perspective unitaire dont dépend l’avenir de l’École de la République menacée d’un démantèlement qui sacrifie l’avenir de la jeunesse sur l’hôtel d’un démantèlement vers une tentative de privatisation du plus important des services publics de notre pays.

Denise et Michel Landron
DDEN en Seine-Saint-Denis de 2003 à 2020
DDEN en Maine-et-Loire depuis 2021

 

 

La réhabilitation-rénovation obligatoire d’établissements scolaires publics Une question devenue primordiale

Avec l’usure du temps et les nouvelles exigences quant aux normes d’hygiène, de sécurité et de bien-être des élèves et des personnels des établissements scolaires publics, les exigences de rénovation-réhabilitation d’établissements scolaires dégradés se multiplient. Avec les lois de décentralisation l’État s’est en partie désengagé bien qu’il reste redevable de garantir partout des conditions de la vie scolaire conforme à la législation définie nationalement.

Il est par exemple interdit d’accepter des moisissures et infiltrations, des toilettes ne respectant pas les règles sanitaires imposées, des températures hors normes ou de l’amiante dans certaines cloisons ou toitures… sans compter les rats qui mangent les fils électriques (authentique !).

L’État avait annoncé, fin 2023, une rallonge d’un demi-milliard portant « le fond vert » (rénovation thermique des écoles) à 2,5 milliards pour 2024. Il faut dire qu’il avait reçu en 2023 plus de 9000 dossiers pour plus de 17000 projets. Les Élus viennent d’apprendre que cette enveloppe, déjà insuffisante, est amputée de 500 millions.

Les Élus locaux confrontés à des urgences de rénovation-réhabilitation des écoles sont très remontés. Leur budget est déjà insuffisant pour faire face aux besoins urgents et imprescriptibles et l’État les abandonne. Sur 43 908 écoles 40 000 devrait faire l’objet d’une rénovation énergétique, 618 projets seulement sont soutenus par l’État [La gazette des Communes] !

A Périgueux, l’Élue municipale informe que 2 écoles sur 17 ont déposé un projet mais toutes ont besoin de rénovation. Sur les 19 000 établissements scolaires ayant sollicité des fonds en 2023, 3100 projets seulement ont été validés et financés (chiffres du « Conseil National de la Refondation pour l’École »).

Quand on examine l’importance de l’augmentation considérable du budget militaire on comprend la colère qui anime les élus locaux, les parents et les personnels des écoles.

Cette question est déjà devenue majeure pour un grand nombre d’établissements scolaires. Sans réhabilitation ils sont condamnés à accueillir les élèves dans des locaux officiellement non conformes et à risques !

Les Préfets, représentants de l’État dans le Département, deviennent désormais les principaux interlocuteurs des établissements scolaires et des collectivités territoires concernées.

Vous trouverez ci-dessous la lettre d’un DDEN au préfet avec copies au DASEN et au Maire de la Commune. ce genre de situation conflictuelle ne peut que se multiplier si les pouvoirs publics prompts à condamner le peuple et sa jeunesse refusent d’assumer leurs responsabilités vis-à-vis des conditions de la vie scolaire dans les écoles publiques.

Le « Comité d’animation du plan de rénovation énergétique des écoles », s’est réuni le 14 septembre 2023, aux côtés de la Conférence des Recteurs et des DASEN, présidé par G. Attal, Ministre de l’Education Nationale, et Christophe Béchu, Ministre chargé de la transition écologique et de la cohésion du territoire.

°0°

A propos de la Décentralisation
Propos tenus et écrits par Christiane Mousson, ex-Présidente de la Fédération des DDEN, en Novembre 2009

« Du fait de la décentralisation, nous exerçons maintenant notre fonction dans un espace élargi, élargi parfois jusqu’à l’éclatement entre de multiples décideurs, ce qui ne laisse pas de nous interroger, de nous inquiéter, en dignes héritiers que nous sommes et que nous entendons demeurer de l’Ecole de Jules Ferry.

Cet éclatement de l’espace éducatif, entre de multiples lieux de pouvoirs et de décisions porte un risque de démantèlement du service publique d’éducation, de perte d’unité, de remise en cause des principes fondateurs garantissant à tous les enfants et sur tout le territoire un égal accès à l’instruction.

C’est alors que les DDEN se doivent d’être présents et audibles pour rappeler si nécessaire avec force, en termes d’exigences, les principes qui ont fondé l’école de la République, de continuité sur tout le territoire, d’égalité dans l’offre d’éducation et bien évidemment de laïcité. »

(Page 20 de « Les DDEN – L’Ecole – la Laïcité. – » )

Où va la Fédération Nationale des DDEN ?

La FNDDEN va tenir son Congrès national à Montpellier, fin mai 2024, avec les délégations de ses Unions Départementales en présentielles ou en visio conférence.

Il va être confronté à une situation très difficile face à l’avalanche de mesures gouvernementales et ministérielles graves qui secouent l’Education Nationale de fond en comble pour tenter d’aller vite vers un démantèlement de l’institution scolaire publique toujours constitutionnellement placée sous la responsabilité, la charge et l’autorité de l’Etat.

Tous les observateurs le disent et l’écrivent : l’Éducation Nationale est à la croisée des chemins. Et, par conséquent aussi la Fédération nationale des DDEN.

Restrictions budgétaires, Loi Rilhac, Choc des savoirs, PACTE, PAS, UP2A, ULIS, contractualisation de personnels, évaluations des écoles, abandon des besoins particuliers des enfants handicapés selon le degré et la nature spécifique de leur handicap et /ou difficultés… Autant de mesures de dislocation du service public d’enseignement.

Comment ne pas voir que cette dégradation des conditions mêmes de l’Enseignement public national et laïque ne peut que profiter aux écoles privées confessionnelles dont c’est la vocation de pratiquer un séparatisme aristocratique avec les fonds publics de la Nation.

Comment ne pas voir aussi, en contre coup, la volonté confirmée des personnels et des parents d’élèves de s’opposer à un véritable saccage de cette belle conquête de la Nation que représente son École Publique, gratuite et laïque ?

Loin des querelles de chapelles entre sensibilités et opinions politiques différentes, la FDDEN comme toutes les Unions Départementales ont besoin bien au contraire d’une solide union des organisations et associations laïques pour aller vers le rassemblement de tous les laïques face à l’entreprise de démolition engagée avec « l’école territoriale » se substituant à l’Éducation Nationale.

« L’école territoriale » n’est-ce pas l’éclatement de l’Éducation Nationale ?

Les DDEN, aux côtés des personnels et des parents d’élèves, sont toujours respectés quand ils consacrent bénévolement du temps et de l’énergie à défendre des conditions de la vie scolaire digne de la République et conforme aux exigences élémentaires d’une Éducation Nationale respectueuse de l’égalité des droits de tous les élèves qui lui sont confiés dans tous les domaines de la vie scolaire et dans tout le pays.

Nous ne sommes pas devenus DDEN pour regarder passer sans rien dire et sans rien faire un démantèlement de l’École de la République. Ce Congrès National va se tenir après la signature par la quasi-totalité des associations laïques d’un appel commun au rassemblement de tous les laïques en défense de l’École de la République. N’est-ce pas le cœur de ce Congrès?

Il se trouve que cet appel comporte un élément dont tous les DDEN apprécieront l’importance : la FNDDEN est signataire juste à côté de la Libre Pensée. Ce qui les rassemble aujourd’hui ce n’est pas un amour exagéré entre leurs responsables. Ce qui les rapproche ce sont les milliers et milliers d’enseignants et de parents d’élèves qui se rassemblent face à l’agression dont l’Education Nationale est la cible et la jeunesse la victime !

Dans le Maine-et-Loire, il y a 2 unions Départementales à cause de la décision d’Eddy Khaldi d’exclure les militants qui ne lui plaisaient pas en allant même jusqu’à demander au DASEN de ne pas les accepter comme DDEN !

Et bien malgré tout, non seulement les réunions des délégations nous rassemblent, mais, en plus, nous nous nous sommes retrouvés 17 associations laïques au sein du « Collectif-Vigilance-Laïcité 49 » où nous avons décidé de préparer, pour le 27 mars 2024, une Assemblée-Débat à Angers qui fut une réussite. Elle a posé la première pierre d’un rassemblement inédit des laïques dans un Département où l’école confessionnelle représente plus d’un tiers des élèves. L’Assemblée-Débat a ouvert la perspective d’États Généraux en défense de l’École publique.

Le Congrès national de la FNDDEN est bien à la croisée des chemins. La tradition historique des DDEN voudrait que le Congrès national fasse en sorte que les partisans de l’École publique et laïque se rassemblent tous ensemble au lieu de se diviser.

Michel Landron
Vice-Président de l’Union des DDEN du Maine-et-Loire

EDITORIAL

Le Délégué Laïque N° 13 a ouvert la discussion entre tous les ami(e)s de l’École laïque sur la «  territorialisation de l’École publique  » que les autorités gouvernementales et de l’Éducation Nationale se proposent de mettre en place le plus rapidement possible.

Une telle orientation guide désormais de nombreux rapports plus ou moins officiels et de nouvelles mesures allant dans ce sens. Ils préconisent tous de remettre en cause le caractère national de l’enseignement public fondé sur les programmes scolaires définis nationalement par année et par discipline en vue d’examens, de diplômes et de qualifications nationalement reconnus dans toutes les conventions collectives et les statuts.

Ils préconisent un bouleversement complet de l’institution scolaire de la République, un pilier des conquêtes démocratiques dans notre pays.

Les missions officielles des DDEN consistent précisément à veiller au respect, dans toutes les écoles publiques, à égalité de droits, de conditions de la vie scolaire dignes de l’École de la République. Ils ne peuvent donc rester indifférents face à un démantèlement de l’institution scolaire, qui ne serait plus nationale, mais où chaque établissement serait sous la tutelle «d’un projet éducatif territorial».

L’École publique ne serait plus une et indivisible, mais multiple et différente d’un territoire à un autre. On ne demandera plus le diplôme ou la qualification à un jeune sortant de l’école, mais le lieu où il a été scolarisé. La porte serait ouverte pour que les parents puissent choisir l’établissement scolaire de leurs enfants en fonction de son «  projet éducatif propre  »  ! La concurrence entre établissements publics institutionnalisée, l’égalité des droits des élèves serait rapidement abolie.

C’est dans l’esprit de contribuer au rassemblement de tous les DDEN avec les associations laïques et démocratiques, les syndicats et toutes celles et ceux qui veulent défendre l’École de la République que le Délégué Laïque édite ce Numéro spécial en souhaitant le maximum de contributions au débat nécessaire pour une action commune.

Paul Feldmann

POUR LA RENTREE SCOLAIRE, LISEZ CE DOSSIER SPECIAL
«  ECOLE TERRITORIALE  »
TRANSFEREZ-LE AUX AMIS de l’ECOLE LAÏQUE

L’Éducation Nationale et ses réformes :

repères :

La 5ème République a hérité d’une Éducation Nationale instituée à la suite de lois historiques fondatrices de l’École publique, laïque, obligatoire et gratuite  :

  • Loi Guizot de 1833 instaurant l’obligation de créer une école publique primaire dans chaque Commune de plus de 300 habitants.
  • Loi Falloux de 1850 obligeant l’ouverture d’écoles de filles dans chaque Commune de plus de 800 habitants, mais l’enseignement primaire est partagé entre enseignement public et privé.
  • Loi de 1881, dite loi Ferry instaurant la gratuité de l’école primaire publique.
  • Loi de 1882 instaurant l’obligation de l’instruction primaire, la laïcité de l’enseignement public et l’obligation scolaire jusqu’à 13 ans.
  • Loi de 1886, dite loi Goblet, créant des écoles maternelles.
  • Loi de 1905 de séparation des Églises et de l’État. L’État ne reconnaît et ne salarie aucun culte.
  • Loi de 1936, dite Jean Zay, instaure l’obligation scolaire jusqu’à 14 ans.

Le régime de Pétain abroge les lois laïques, rétablit l’instruction religieuse dans les horaires scolaires, étend les bourses nationales aux élèves de l’enseignement confessionnel, ferme les écoles normales, supprime les Délégations cantonales (équivalent des DDEN rétablis en 1945).

A la Libération l’Éducation nationale devient un devoir de l’État (préambule de la Constitution).

La première mesure prise par la 5ème République, suite au coup d’État gaulliste de 1958, sera l’adoption de la loi Debré le 31 décembre 1959 instituant le financement par les fonds publics des écoles privées sous contrats (à plus de 90% catholiques).

Toutes les organisations et associations laïques font signer 10  813  697 citoyens (plus de la moitié des votants aux élections législatives de novembre 1958) « pour l’abrogation de la loi Debré et réserver totalement l’effort de la Nation au développement et à la modernisation de l’École de la Nation ». 25  000 délégués des signataires adopteront le Serment de Vincennes de « lutter sans trêve ni défaillance jusqu’à son abrogation ».

Le Ministre Berthoin portera l’obligation scolaire de 14 à 16 ans, créera les collèges d’enseignement technique (CET) et les Cours Complémentaires (qui deviendront les collèges d’enseignement général).

Les réformes de l’Éducation Nationale qui suivront soulèveront à chaque fois oppositions, contestations, protestations, mobilisations qui ne se sont jamais démenties.

  • La Réforme Fouchet de 1963 : mise en place des collèges d’enseignement secondaire (CES) avec une logique de filières.
  • La réforme Fouchet puis Peyrefitte des Universités en 1967  : les étudiants avec l’UNEF y verront une sélection déguisée. La brutale répression contre les étudiants exigeant son abrogation sera la mèche qui enflammera le pays en mai-juin 1968.
  • La loi Haby de 1975, qui instaure « le collège unique », n’enraye pas les inégalités et aggrave les disparités entre établissements.
  • 1981-82  : Alain Savary crée  « les zones d’Education prioritaire » (ZEP) instituant la différenciation des établissements scolaires selon leur composition sociale.
  • Le projet de réforme Savary-Legrand préconise de favoriser « l’autonomie des établissements », leur ouverture à des « partenaires » que seraient les collectivités territoriales, associations et entreprises… La réforme est rejetée. Le Ministère propose alors… « le volontariat des établissements ».
  • La proposition du Conseil des Ministres du 2 août 1982 de mettre en place l’EIP (Etablissement d’Intérêt Public) incarne « le service public unifié » réunissant établissements publics et privés sur la base de leur propre «projet éducatif particulier ». Il s’agissait de dénationaliser l’enseignement public éclaté en une mosaïque d’établissements et de continuer le financement des écoles privées par l’État. Les contestations de cette tentative furent telles que le projet fut abandonné.
  • La loi de décentralisation du 22 juin 1983  définissait néanmoins les collèges et lycées comme des « Établissements publics locaux d’enseignement (EPLE) », disposant d’une autonomie sur un certain nombre de questions, notamment l’utilisation des moyens pédagogiques (article R 421 – 2 du Code de de l’éducation).
  • La loi d’orientation sur l’éducation de 1989, présenté par le Ministre Jospin, abandonne « le service unifié d’enseignement », mais supprime les Écoles Normales pour transférer la formation des enseignants à l’Université (IUFM), soumet les établissements scolaires au « projet d’établissement », au « Contrat Éducatif Local » et à « la communauté éducative ». Elle débouche sur « le Code de l’Éducation » qui inclut au fur et à mesure et chaque année les lois, ordonnances, décrets et circulaires édictés par l’État concernant l’Éducation Nationale.
  • La loi Montchamp de 2005 procède à l’intégration des enfants handicapés et/ou en grandes difficultés dans les établissements scolaires ordinaires sans tenir compte de la nature et du degré de leur handicap. Cela donnera « l’école inclusive » sans engagement de l’Etat de fournir les moyens adaptés nécessaire pour réussir une intégration, mais permettant par contre de réduire chaque année le nombre et les moyens des établissements et personnels spécialisés.

La situation très difficile des AESH, le plus souvent à temps partiels avec des salaires largement inférieurs au SMIC, remet à l’ordre du jour la question de la prise en charge des enfants en difficulté et/ou handicapé dans les établissements scolaires.

  • La loi de 2005 « d’orientation et de programme pour l’avenir de l’école » présenté par le Ministre Fillon connaîtra, avec son « contrat première embauche » (CPE), la plus importante mobilisation lycéenne jamais vue dans notre pays. Elle sera promptement retirée.
  • Le projet de réforme présenté par le Ministre Darcos en 2008 dans le but de supprimer de nombreux postes et plusieurs disciplines parmi les enseignements obligatoires, devra lui aussi être retiré.
  • La loi de juillet 2013 « d’orientation et de programmation pour la refondation de l’École de la République » a proposé d’installer de nouveaux rythmes scolaires selon le bon vouloir des élus politiques locaux. Le rejet a été indiscutable. Elle voulait inscrire les EPLE dans leur « territoire » afin d’élaborer « les politiques éducatives » en mobilisant les ressources du territoire sur la base d’un diagnostic partagé avec l’ensemble « des partenaires » par « le projet éducatif territorial ». En clair, « une autonomie » amorçant la sortie de nos écoles de l’Éducation Nationale.

La loi définit dans ce cadre 4  « parcours éducatifs »  : les parcours Avenir, santé, artistique et culturel, citoyen. Les programmes scolaires nationaux par année et par discipline sont appelés à disparaître au profit « d’activités diverses » définies localement. La réduction des heures des enseignements fondamentaux par matière aboutit à passer de 30 heures en 5 jours de classe par semaine à 24 heures en 4 jours. Ce n’est déjà plus en allègement mais des amputations. L’Etat constatera ensuite la baisse de niveaux des élèves à leur entrée en 6ème de collège!

« La loi pour l’École de la confiance » de juillet 2019 abaisse l’instruction obligatoire de 6 à 3 ans et permet ainsi la création de nombreuses classes maternelles… dans les écoles privées sous contrat avec des fonds publics versés par les Communes. Une manne pour les écoles confessionnelles  !

La loi prétendait garantir la maîtrise des savoirs fondamentaux à tous les élèves, mais sans les moyens pour l’assurer.

L’orientation officielle vers « l’école territoriale » mènerait logiquement vers la disparition des programmes scolaires nationaux, des examens et diplômes nationaux au profit du profil individuel… qui n’est évidemment pas reconnu dans les conventions collectives et les statuts. On pourra payer un jeune à bac +2 comme un apprenti. N’est-elle pas aussi de sortir les personnels de la fonction publique de l’Etat pour aller vers le recrutement local sur la base du « projet éducatif territorial »  géré par « la communauté éducative territoriale »  ?

Tous les rapports, propositions et projets de loi, comme la loi Brisson, vont dans ce sens.

L’École de la République, face à cette entreprise de démantèlement de l’Éducation Nationale, est à nouveau sérieusement menacée. N’a-t-elle pas un besoin urgent que se rassemblent tous les amis de l’école publique pour la défendre  ? C’est à cela que le Délégué Laïque vous propose de travailler.

LA PAILLE DES MOTS ET LE GRAIN DES CHOSES

« Projets pédagogiques », « projets éducatifs d’établissement », « autonomie », « école territoriale », «l’école du futur»…

Il fut un temps où régnait une belle clarté quant au sens des mots sur les questions scolaires.

On parlait de l‘école publique laïque comme l’école de tous, la même sur l’ensemble du territoire nationale, ses institutrices et instituteurs dont le statut de fonctionnaire d’État et leur formation à l’École Normale garantissaient un enseignement basé sur des programmes scolaires nationaux par année et par discipline avec l’emploi du temps hebdomadaire obligatoirement affiché dans la classe… Le Maire, quel qu’il soit, fournissait les locaux et les équipements. L’Inspecteur surveillait la bonne marche des classes et l’efficacité des maîtres dans les apprentissages. Les élèves apprenaient leurs leçons et faisaient leurs devoirs corrigés en classe par et avec le maître ou la maîtresse.

Les résultats étaient au rendez-vous. Les enfants de parents illettrés apprenaient à lire, écrire compter et les connaissances que les programmes définissaient par matière, âge et niveau scolaire. On avait le certificat d’études avec moins de 5 fautes dans une dictée d’une page. Le certif. ouvrait la voie aux études ou une formation professionnelle. Le pays était alphabétisé et les classes dites de perfectionnement prenaient en charge les élèves en difficulté et l’enseignement spécialisé les victimes d’un handicap…
Dans ce cadre solide, la liberté pédagogique des enseignants leur permettaient l’utilisation de méthodes adaptées à chaque classe, sa composition et ses moyens.

On avait en face l’école privée, non subventionnée, dirigée par le diocèse, mélangeant la religion et l’enseignement. C’était l’école dite libre, libre de ne pas aller à l’École laïque, l’école de tous, l’école de la République. La loi Debré en 1959 fut un premier tournant. L’État par contrat détourne des fonds publics pour financer le caractère propre des écoles privées. Victor Hugo se serait senti trahi, lui qui avait lancé du haut de l’Assemblée nationale  : «  l’État chez lui, l’Église chez elle  ». L’embrouille commence quand l’État prétend que l’enseignement privé concourrait au service public  !

Puis vinrent des « réformes » de l’enseignement public. Les ministères successifs, traumatisés par la grève générale de mai-juin 1968, s’évertuent à noyer le poisson des programmes scolaires dans la bouillabaisse des projets pédagogiques, puis éducatifs, tarte à la crème derrière laquelle ils cachent une volonté politique de la Vème République de démanteler l’Éducation Nationale.

A partir de la loi d’orientation de 1989, loi par loi, décret par décret, circulaire par circulaire, les différents Ministres de l’Éducation Nationale s’engagent dans la dénationalisation de l’enseignement public. Le « projet pédagogique » est utilisé pour donner un beau nom à une réalité bien plus sournoise. Le projet pédagogique, c’étaient les programmes scolaires. Peu à peu cela devient le « projet éducatif de l’établissement » qui prend le pas sur les programmes scolaires nationaux.

L’Enseignement public, sérieusement déstabilisé, est néanmoins resté sous l’autorité de l’Éducation Nationale qui le finance et paye ses personnels fonctionnaires d’État.

Les mois qui viennent diront si l’État s’engage ou non pour sonner le glas de l’Éducation Nationale comme le projet de loi Brisson, les rapports de la Cour des comptes, les Inspections générales et d’autres l’ont annoncé. Les amis de l’École laïque ont-ils un autre choix que de s’unir pour faire barrage tous ensemble au démantèlement de l’Éducation Nationale programmé pour les mois qui viennent  ?

Michel Rolland

LE PROJET DE LOI BRISSON (février 2023)

ADOPTÉ AU SÉNAT POUR ÊTRE SOUMIS A L’ASSEMBLÉE NATIONALE.

DANS L’EXPOSE DES MOTIFS

« L’exposé des motifs » du projet de loi présentée par le Sénateur Max Brisson, intitulé « pour une école de la liberté, de l’égalité des chances et de la laïcité », cite le rapport de la Cour des comptes du 14 décembre 2021 selon lequel « la performance globale du système éducatif français reste médiocre malgré l’importance des moyens mobilisés. » Bref, l’école publique coûte cher pour pas grand-chose  !

Il cite le Ministre qui, le 22 décembre 2022, déclare  : « un Français sur deux ne fait pas confiance à l’institution scolaire bien que les 3/4 fassent confiance aux professeurs ».

D’aucuns en déduiraient logiquement que les réformes successives menées sous la 5ème République depuis 1959 n’ont pas amélioré l’institution scolaire, mais l’ont dégradée. A l’inverse, l’exposé des motifs du projet de loi affirme que la crise de l’institution scolaire proviendrait du fait que «toutes les réformes de notre système éducatif, entreprises depuis 60 ans, n’ont eu pour objectif que d’aménager un système vertical, uniforme et oublieux des particularités des établissements alors qu’aucune école, aucun collège, aucun lycée ne se ressemblent ».

En clair, il affirme qu’il ne faut plus « aménager » … mais démanteler le système éducatif national de l’École de la République. Il propose « la création d’établissements publics autonomes d’éducation ».

Comment  ? « Il apparaît désormais que l’autonomie doit s’imposer comme l’antidote aux maux de l’école. Donner une plus grande liberté aux écoles, aux directeurs et aux professeurs est incontournable pour promouvoir le mérite et l’égalité des chances. »

Institutionnaliser « l’autonomie de chaque établissement scolaire » permettrait de promouvoir l’égalité des chances  ? Qui peut le croire  ? N’est-ce pas au contraire débarrasser le ministère de la responsabilité de garantir le même enseignement avec les mêmes programmes annuels et par discipline  avec les moyens nécessaires ?

Ne conduirait-elle pas, à l’inverse, à une concurrence directe entre les écoles publiques  ? N’est-ce pas en réalité ouvrir la voie au libre choix des parents de choisir l’école de leurs enfants  « selon son projet éducatif autonome »  ?

N’est-ce pas démanteler l’école de la République une et indivisible et, au passage, faire sauter la carte scolaire ? N’est-ce pas aligner l’enseignement public sur le fonctionnement des écoles privées sous contrat ayant chacune leur « caractère propre »  ?

Le projet va plus loin encore  : il propose la création « d’établissements publics autonomes d’Éducation avec les collectivités locales volontaires, un contrat avec le Recteur, une autorité hiérarchique aux Directeurs d’école et des contrats de mission… »

Il faudra enlever le mot égalité à la devise de la Nation pour ne garder que celui de liberté au sens où chaque famille aura la liberté de choisir l’École publique de leurs enfants qui ne serait plus la même pour tous.

En 12 articles il s’agit bien de passer de l’Éducation Nationale à « des écoles sous contrat » à l’image des écoles privées. Et dans ces 12 articles, on trouvera également le choix des enseignants par le chef d’établissement, les dérogations possibles aux obligations de service réglementaires et même le renforcement des jardins d’enfants contre l’école maternelle  !

Que ce projet soit soumis ou non au vote de l’Assemblée nationale, il n’en demeure pas moins une arme redoutable pour achever le démantèlement de l’École de la République.

Loi Brisson  : «  Le Sénat part à l’assaut de l’Ecole  »

Le point de vue de François Jarraud dans « Le café pédagogique » d’avril 2023.

Citant le projet de loi, l’auteur souligne d’emblée que « les nouveaux établissements » que le projet propose à l’Assemblée Nationale « seraient gérés comme des établissements privés sous contrat ». « Chaque chef d’établissement pourra choisir ses enseignants et modifier son organisation pédagogique, c’est-à-dire aussi bien déroger à l’organisation des obligations de service des enseignants qu’à la répartition horaire des enseignements ».

« Elle créerait en France l’équivalent des académies britanniques qui disposent de fonds publics pour une gestion totalement libre du service éducatif ».

L’article précise que ce projet vise aussi à « la conformité idéologique des enseignants »  : « les écoles supérieures du professorat organisent des formations de sensibilisation à l’enseignement des faits religieux, à la prévention de la radicalisation, à l’égalité entre les femmes et les hommes, à la lutte contre les discriminations, à la manipulation de l’information, à la lutte contre la diffusion des contenus haineux… ».

Serait-ce, en effet, encore l’École laïque soucieuse de neutralité en matière politique et religieuse et respectueuse de la liberté de conscience des familles qui lui confient ses enfants  ?

L’article rappelle d’ailleurs que le texte du projet de loi « interdit le port de signes religieux aux parents qui accompagnent les sorties » et « exige le port de l’uniforme pour tous les élèves » (sans préciser qui va les payer!).

Il s’interroge également sur les critiques portées à l’égard « du lourd bilan des années Blanquer»  alors que la majorité du Sénat n’a cessé de les soutenir.

Il s’exprime enfin sur l’avenir de ce projet dont « la conformité avec la privatisation de l’Éducation entreprise par Emmanuel Macron  dans une perspective libérale affirmée et réaffirmée tout au long de ces 6 années ». Ainsi. Il rappelle « les rapports de la Cour des Comptes qui demandent l’autonomie des établissements et la révision du statut des enseignants ».

Si on ne sait pas à quelle échéance ce projet trouvera une place dans l’agenda de l’Assemblée Nationale, ce sera un moment où l’avenir de l’École et celui des enseignants se jouera, conclut l’article.

Le journaliste, à qui nous devons de connaître ce rapport, conclut ainsi  :

« Le modèle républicain de l’école française est à peine effleuré, la laïcité n’est cité qu’une fois pour rappeler que l’enseignant  « incarne des valeurs« …

A l’école républicaine, fondée sur la connaissance et l’émancipation, le cabinet de conseil préfère une école-entreprise, tournée vers l’adaptation constante au monde du travail et focalisée sur le savoir-être plutôt que le savoir-faire. Idéal pour préparer les jeunes à  « la flexibilité » du monde du travail et à une société atomisée.

Ferdinand Buisson voulait faire des républicains, Mc Kinsey rêve de faire des « startupers » ».

«  L’articulation entre l’État et les collectivités locales dans le domaine de l’Éducation  »  :

«  L’articulation entre l’État et les collectivités locales dans le domaine de l’Éducation  »  :

Un rapport de l’IGESR* de mars 2022.

Les premières lois de décentralisation avaient déjà donné un rôle de «prestataires» aux «collectivités locales»  : bâti scolaire, transport, numérique… L’État leur demande désormais de dépasser cela pour participer à la définition de « projets éducatifs et à leur conception ».

Ce serait « une co-construction » qui, reconnait le rapport, « peut paraître comme une remise en cause du principe historique des pères fondateurs de l’école républicaine » avec « le principe d’une éducation essentiellement nationale » avec « ses programmes et ses objectifs nationaux ».

Le rapport constate qu’en 2021 «  les politiques éducatives, hors enseignement académique, se développent avec l’appui des collectivités territoriales, d’acteurs publics diversifiés et de partenaires associatifs ». Il cite « les cités éducatives et les territoires éducatifs territoriaux (TER) » pour relancer les PEDT (Projets Éducatifs Territoriaux), lancés en 2014 mais sans grand succès.

Il ajoute que ces « politiques éducatives (territoriales) générées par le contexte de l’accès à l’emploi, concernent tout autant le Ministère du travail et de l’emploi que les collectivités territoriales ».

En termes feutrés, le rapport entend faire comprendre que désormais la priorité de l’État ne serait plus l’Éducation Nationale pour préparer les jeunes générations à des examens et diplômes nationaux reconnus sur l’ensemble du territoire national, mais… « l’accès à l’emploi ». Traduisons  : si le marché de « l’emploi » nécessite une main d’œuvre bon marché, précaire, peu ou non qualifié, alors on ne voit vraiment pas pourquoi l’État devrait assurer gratuitement les formations élémentaires, secondaires, universitaires et professionnelles avec qualification reconnues à la clé ! Cela ne risquerait-il pas d’engendrer des frustrations sources de bien des tensions  et des exigences salariales incompatibles avec la rentabilité des entreprises et les économies budgétaires pour les services publics  ?

Les collectivités territoriales (élus politiques locaux, associations, bassins d’emplois…) sont donc appelées à « coconstruire » des missions de «formations » à la place d’une Éducation Nationale dont le démantèlement est ainsi programmé.

Que deviendraient toutes les disciplines d’enseignement du français, des maths, d’histoire, géographie, sciences, langues vivantes, Éducation physique et sportive, musicale et artistique… dans ce « partenariat » hétéroclite d’intérêts et de responsabilités différentes voire contradictoires  ? Une auberge espagnole  ?

Que vaudraient des certificats « territoriaux », délivrés et donnés à presque tout le monde, mais sans valeur sur le marché du travail  ? Ne parle-t-on pas désormais de recruter des apprentis à bac+2 dont la rémunération serait versée par l’État à l’employeur qui disposera ainsi d’une main d’œuvre gratuite et précaire  ?

Qui prendrait en charge et comment l’enseignement adapté aux élèves en difficulté et/ou handicapés, la médecine scolaire déjà en voie de disparition, les personnels administratifs  et de services ? Les collectivités territoriales  ? Celles-ci, en un an, ont déjà perdu entre 10 et 15 % de leur budget annuel  et ont déjà du mal à financer ce qui leur revient en matière de construction, réhabilitation et entretien des écoles, collèges et lycées  !

Le « Conseil d’Administration » de « l’école territoriale » devra trouver les fonds pour financer «les activités»  qu’il préconiserait  en toute «autonomie».

Serait-ce « une co-construction » ou «une co-destruction de l’Éducation Nationale  »  ?

Le rapport souligne que les collectivités territoriales ont largement pris leur part, en particulier en termes d’investissements, et l’ont fait « face à une Éducation Nationale dont la priorité était d’assurer les enseignements et de rémunérer l’ensemble des personnels qui représentent près de la moitié des fonctionnaires de l’État ».

Il conclut donc en constatant que « cette articulation Etat-collectivités territoriales » étant très inégale, elle exigerait « des décisions de fond qui permettraient d’appliquer réellement le principe de  » libre administration » ».

En clair l’abolition de l’actuelle législation de l’Éducation Nationale pour fonder des établissements scolaires disposant d’une pleine et entière «autonomie». N’est-ce pas ce que formule le projet de loi Brisson  ?

  • – – – – – – — – – –
    * IGESR  : Inspection Générale de l’Education nationale, des Sports et de la Recherche