Premier répertoire de documents traçant un programme écrit de démantèlement de l’Education Nationale

LES PIÈCES D‘UN PUZZLE

Plusieurs rapports et documents officiels sont parus récemment traduisant une volonté d’aller rapidement vers « la territorialisation de l’École » basée sur « l’autonomie des établissements scolaires ». Une loi, la loi Brisson, vient d’être adoptée dans ce sens le 11 avril au Sénat.

Devant le danger d’éclatement de l’Éducation Nationale que fait courir cette « territorialisation de l’Ecole », Le Délégué Laïque fait appel à vous pour lui faire parvenir vos analyses, remarques et propositions pour le prochain numéro N°14 qui paraîtra au mois de juin sur cette question majeure qui traverse déjà tout le Mouvement laïque.

Vous trouverez ci-dessous un premier répertoire de documents parus plaçant l’Éducation Nationale à la croisée des chemins.

– « QUELLE AUTONOMIE POUR LES ETABLISSEMENTS SCOLAIRES ? », 2017-2027 – France Stratégie, décembre 2016.
– « Pilotage et fonctionnement de la circonscription du premier degré » ; Rapport juin 2015 par l’IGEN et l’IGAENR.
– « Les nouvelles orientations du Ministère de l’Éducation nationale, au cœur du débat public ». Résumé du rapport de juin 2015 de l’IGEN et IGAENR.
– « L’autonomie des établissements scolaires« . Le Rapport 2019 de l’IGEN-IGAENR.
– « Articulation des compétences des collectivités territoriales et de l’État dans les politiques nationales et territoriales de l’enfance, de l’éducation et de la jeunesse ». Rapport thématique 2021 de l’IGESR.
– « L’organisation de l’école à la croisée des chemins ». Forum organisé le 22 novembre 2022 par l’Association des Maires de France.
– « L’École et le territoire – L’Éducation par les Communes, les Départements et les Régions », Livre Territorial Edition, publié le 01/01/2023 ;
MOBILISER LA COMMUNAUTE EDUCATIVE AUTOUR DU PROJET D’ETABLISSEMENT, « plus d’autonomie aux établissements scolaires ».

Rapport janvier 2023 de la Cour des Comptes :
– « La Cour des Comptes relance la privatisation de l’École ». Commentaires du Café Pédagogique.
Le projet de loi adopté par le Sénat, le 11 avril 2023, à soumettre à l’Assemblée nationale : 12 articles pour démanteler l’Éducation Nationale.
– « Le Sénat part à l’assaut de l’Ecole » ; Le café pédagogique sur la loi Brisson.
– « Décentralisation dans l’Education : quelle répartition des compétences ? » 3 mai 2023. Vie publique.
– « L’ÉCOLE DU FUTUR ? » Une expérimentation de « l’école du futur » dans 59 écoles marseillaises prévue pour être généralisée à partir de l’automne. (Localtis)
Le « Socle » et le « Pacte » : missions et rémunérations, par Elsa Doladille 26 mai 2023.
– « 15 propositions pour consolider la relation entre l’école et le monde économique », IGESR – mars 2023.
– « La réforme des lycées professionnels » : une liquidation programmée pour fournir une main d’œuvre gratuite au patronat ?
– « Mixité sociale : Protocole d’accord du 24 mai 2023 entre l’Etat et l’Enseignement catholique » ; des engagements non contraignants pour l’enseignement privé, par Marie Christine Corbier.

Résolution unanime de l’Union Départementale des DDEN de Maine-et-Loire

L’UDDEN 49 vous communique la résolution unanime de son Conseil d’Administration du 14 janvier 2023 comme première contribution pour une discussion libre et fraternelle entre tous les DDEN, Unions et Associations amies de l’École laïque sur l’orientation prônée par les pouvoirs publics d’aller vers «la co-construction d’une école territoriale ».

Elle fait également parvenir ce premier document aux collègues du CLRUA (Comité de Liaison pour le Rassemblement des Unions, des Associations de DDEN et des DDEN).

L’École publique doit rester républicaine !

Les enseignants des écoles devraient être sollicités pour pallier la faiblesse du niveau des élèves de sixième (mathématiques, français…). Cette surprenante nouvelle, dont la presse s’est fait largement l’écho, en a surpris plus d’un. Elle soulève, il est vrai, bien des questions.

N’est-ce pas un terrible réquisitoire prononcé à l’encontre des réformes successives (certains préféreront parler de « contre-réformes ») aboutissant à ce triste constat ?

Chaque « réforme » a toujours été présentée pour améliorer l’institution scolaire et les résultats des élèves. A chaque fois, force a été de constater que l’Éducation Nationale en sortait plus affaiblie, que les élèves maîtrisaient moins bien les fondamentaux, que les enseignants, malgré leur dévouement en devenaient moins bien considérés. Sans parler des Directeurs d’école surchargés de nouvelles tâches administratives…

Depuis des années les DDEN, quel que soit le gouvernement en place, ont alerté et rappelé que l’Instruction publique est un devoir de l’État. Dans le préambule de la Constitution du 27 octobre 1946, reprise dans le préambule de la Constitution du 4 octobre 1958, il est bien précisé que : « L’organisation de l’enseignement public gratuit et laïque à tous les degrés est un devoir de l’État».

La « nouvelle orientation » (cf. Gazette des Communes du 8 décembre 2022), qui transférerait au « Territoire », sur la base « d’un projet éducatif territorial » défini et dirigé par une « communauté éducative territoriale », la direction, la responsabilité (et le financement) d’une « École territoriale », est un risque majeur pour l’école de la République.

Cette orientation pourrait tendre à aligner les écoles publiques sur le mode de fonctionnement et de recrutement des écoles privées, avec leurs « caractères propres ». La Loi Rilhac (2021-1716 du 21 décembre 2021), qui créé un statut spécifique de directeur, va dans ce sens.

L’égalité des droits des élèves que seul l’État peut garantir à tous, ne risque-t-elle pas de faire place à une concurrence entre toutes les écoles ? Cela n’ouvrirait-il pas la voie au libre choix des écoles par leurs parents, les secteurs scolaires dans ce cas n’ayant plus de raison d’être ?

Le transfert des financements par l’Etat aux collectivités territoriales permettrait certes de diminuer notablement le budget de l’Education Nationale, mais en transférerait une partie… aux collectivités territoriales et fonds privés.

L’Union des DDEN de Maine-et-Loire conteste les dérives qui ont pour but de transférer « aux territoires » l’Instruction nationale. Fidèle à ses missions, elle va désormais inviter tous les ami(e)s de l’École Laïque à participer à cette réflexion.

Nos fonctions de DDEN ont été définies nationalement par l’État dans le Code de l’Éducation. Nous voulons les accomplir au service de l’École laïque, publique, gratuite et obligatoire sous la seule autorité de l’Éducation Nationale (DASEN et IEN), pas sous la coupe des collectivités locales et de leurs Élus politiques, des associations et autres « partenaires » de « l’École Territoriale ».

Nous voulons que l’École publique reste l’École de la Nation avec tous les moyens nécessaires à son bon fonctionnement dans l’intérêt de tous les enfants de la République.

Pour tout contact et contributions:

● Union Départementale DDEN 49, Relais Accueil Jean Vilar, Place Jean Vilar, Angers 49000
● Dany Rosier, Président de l’Union des DDDEN de Maine et Loire (49), 3 rue des Bords de Loire, Chênehutte, 49350 Gennes Val de Loire – 06 83 34 00 87 – dany.rosier@worldonline. fr
● Denise Bureau-Landron, secrétaire, 06 30 72 81 44, deniselandron@orange.fr

Deux attaques de plus dans la dislocation et la destruction de l’Enseignement public

DÉCLARATION DE LA LIBRE PENSEE

Coup sur coup, le Gouvernement Macron/Borne rend public un Rapport « Quinze propositions pour consolider la relation entre l’École et le monde économique » et un Protocole d’accord entre l’État et l’Enseignement catholique privé. Ce sont deux atteintes majeures portées à l’unicité de l’Enseignement et à sa laïcité. Les deux sont basés sur la même volonté d’accroître dans des proportions sans précédent la territorialisation de l’Enseignement public pour faire éclater son caractère national et égalitaire, et pour l’adapter aux besoins du Patronat et de l’Enseignement catholique.

Les deux fois, le Gouvernement demande au Patronat de régler les problèmes de formation de la Jeunesse et à l’Église catholique de régler le problème de la mixité sociale. C’est le retour de l’Ancien-Régime où l’État confiait toutes les missions, normalement dévolues à l’Etat, à des corps subsidiaires (Eglise, Fermiers généraux, etc.) et ne gardait que les fonctions régaliennes (Police, armée, répression et Diplomatie).

Si on y ajoute le SNU et la loi de programmation militaire au montant exorbitant, on en revient à :

La sainte-Alliance du Coffre –fort, du Sabre et du Goupillon.

Le Rapport sur le monde économique vise à accroître la territorialisation de l’Enseignement en le subordonnant complètement aux bassins d’emploi pour satisfaire « les filières professionnelles les plus prometteuses » et « les nouveaux métiers ». Il incite à mettre en place partout « des partenariats avec les entreprises et les professions ». Il vante les mérites des « universités école-entreprise » comme celle de Poitiers, « par un engagement plus fort des entreprises dans la formation des élèves »… « dans les secteurs économiques en expansion ». Il faut « développer la pédagogie de l’alternance ».

Il faut « assurer le développement de l’apprentissage au sein des lycées (et non plus dans les seuls lycées professionnels) pour mettre en œuvre « une logique de formation professionnelle tout au long de la vie en développant la mixité de parcours et de statuts ». Qu’en termes galants ces choses-là sont dites pour que le savoir et la formation ne soient plus dispensés dans les Écoles publiques, mais dans les entreprises où l’on passe « tout le long de sa vie ».

D’ailleurs, le Rapport est contraint de noter que « La multitude d’activités fait craindre des répercussions sur les enseignements généraux, alors qu’il y a nécessité de conserver des temps suffisants pour travailler les compétences intellectuelles des élèves. »

« A la faveur de plusieurs évolutions législatives et de réformes, la relation éducation-économie devient un axe majeur de la politique régionale académique ». Il préconise le développement des « Comités régionaux académiques de la relation éducation-économie (CREE) ». Il note « La volonté du Président de la République d’un rapprochement entre l’école et les entreprises interroge la stratégie et le mode de pilotage des hauts cadres dirigeants des régions académiques et d‘académies ». « La formation statutaire des personnels de direction et d‘inspection n’offre pas de module spécifique sur la relation de l’école avec le monde économique ».

En clair, le Statut national de la Fonction publique empêche la subordination complète de l’enseignement et des enseignants aux besoins nouveaux du Patronat. Il faut « prendre en compte le besoin émergeant de nouveaux métiers au sein des académies dans le cadre de direction de projets. » Il faut donc liquider le Statut national. Pour attirer le chaland, et pour faire accepter l’alternance Entreprise/Ecole qui va livrer une main d’œuvre quasi gratuite aux patrons, le Gouvernement entend « donner la pièce », (avant on appelait cela un pourboire) aux enseignants.

Il faut renforcer la « relation entre l’école et ses partenaires économiques » et être « en adéquation avec l’organisation territoriale de l’économie ». Ce sont donc les bassins d’emplois et leurs besoins qui dirigeront désormais les académies et l’Enseignement qui devra adapter ses structures à celles du Patronat. Il propose aussi « une fête des métiers » partout en France pour promouvoir les entreprises et le Patronat. On se croirait revenu au temps du Régime de Vichy de Pétain.

Mais comprenons-nous bien, en citant un extrait d’une étude de la Libre Pensée « Où va le Patronat ? » : La volonté de répondre aux besoins du Patronat en matière de main d’œuvre est en train d’évoluer grandement. On peut presque dire qu’« hier », les tenants du Capital entonnaient tous le même refrain : il faut adapter l’enseignement aux besoins du Patronat. En conséquence, tous les gouvernements de la Ve République, de droite comme de gauche, ont mis en œuvre des « réformes » allant dans ce sens.

Le Capital avait besoin d’une main d’œuvre qualifiée, avec à coté une masse de non-qualifiés (les fameux OS d’une époque), et pour faire pression sur le salariat pour le contraindre à l’exploitation à des tarifs les plus bas possibles : une armée de chômeurs. Le Pouvoir a donc modifié profondément l’Enseignement public pour cela. Le point de départ a été la loi Astier de 1919 sur l’enseignement professionnel, mais les objectifs se sont étendus à l’ensemble de l’enseignement.

L’École devait produire la main d’œuvre dont les entreprises avaient besoin. Oui, mais sur la base d’un capitalisme de production. Bien entendu, il y a eu de grandes résistances à cela, ce qui a aussi beaucoup modifié les réalisations obtenues.

Aujourd’hui, le Capitalisme qui prend le pas est celui de la spéculation, de la finance, de la bourse ; bref ce que l’on appelle la « bulle financière ». Dans ce cadre-là, il semble évident que les « besoins » du patronat en matière d’enseignement changent profondément. A terme, il n’y aura plus besoin d’une masse de main d’œuvre qualifiée, une minorité très qualifiée dans certains domaines suffira. Le chômage n’est plus un simple moyen de pression sur la classe ouvrière pour la contraindre, mais devient consubstantiel au capitalisme financier. Les profits se font ailleurs que dans la production. (Pour lire l’étude complète « Où va le Patronat ? » : Le Cahier N°4 de l’Observatoire social de la Libre Pensée vient de paraître – FÉDERATION NATIONALE DE LA LIBRE PENSÉE (fnlp.fr)

En clair, avant il fallait défendre l’Enseignement public des ingérences du Patronat, aujourd’hui il va s’agir de défendre l’École en tant que telle, comme Institution publique. Car ce que cherche le Gouvernement et le Patronat, c’est à former une minorité de salariés très qualifiés « dans les nouveaux métiers » et « experts » dans les domaines liés à la spéculation et aux produits High-Tech. A côté de cela, même plus besoin d’avoir une masse d’ouvriers non-qualifiés, ils ne servent plus à rien dans la sphère spéculative.

Toutes les études le montrent, il y a un effondrement du nombre de travailleurs dans la production, c’est la destruction massive des forces productives, le travailleur étant, par essence, la principale force productive dans le processus de production.

Après le Coffre-fort, le Goupillon

C’est la même logique que l’on trouve dans l’Accord entre l’État et l’Enseignement catholique du 17 mai 2023. Le Rapport cité plus haut notait : « Sur le plan social, l’origine des élèves de la voie professionnelle reste très marquée, particulièrement dans les lycées professionnels publics. Au plan national, seuls 16,30% sont issus des milieux favorisés ou très favorisés et près de 57% sont issus de milieux très défavorisés. »

L’Accord commence ainsi : « Les deux parties s’accordent en préambule sur un constat commun : celui d’une différence persistante et trop importante de composition sociale et scolaire, entre les établissements d’un même réseau, publics ou privé et entre les établissements privés et publics. » Pour remédier à cela, désormais il est prévu « d’examiner prioritairement, dans les nouvelles contractualisations, l’implantation de classes… dans ses secteurs à fort besoin scolaire. »

En clair, pour le Gouvernement, l’École publique et l’école catholique privée, c’est un seul et même réseau scolaire, et on va étudier les besoins scolaires en créant des écoles et des classes, indistinctement dans le Public ou dans le privé. La loi Debré qui parlait « du besoin scolaire reconnu » et non plus de l’exigence républicaine d’une École ouverte à tous, partout où il y en avait besoin, trouve là son plein accomplissement. Le Protocole Pap N’Diaye/ Philippe Delorme, c’est la loi Debré jusqu’au bout, pour tous et partout !

La soumission à l’Église catholique va jusqu’au bout : non seulement l’école catholique garde son « caractère propre » (qui est selon ses propres statuts une mission d’évangélisation de l’Église catholique,), mais elle est reconnue comme le modèle à suivre par l’État, car « L’enseignement catholique partage l’objectif de mixité sociale et scolaire, qui est déjà la réalité de nombre de ses établissements, et dont il a fait l’un de ses programmes stratégiques, ainsi qu’aux principes fondamentaux qui l’animent. Dès lors que la liberté d’inscription est respectée et que le libre choix de toutes les familles se trouve garanti, il y voit inséparablement un enjeu de justice sociale et une traduction effective de la liberté de l’enseignement, dont l’État garantit l’exercice aux établissements privés ».

Avant, on rendait publique l’école privée, depuis Lionel Jospin,
on privatise, sur le modèle de l’enseignement catholique,
l’École publique laïque !

Comment mettre de la mixité sociale, si les familles peuvent inscrire leurs enfants où elles le veulent et que le principe de sectorisation ne s’applique plus ? C’est se moquer du monde. Et cela est signé par le Ministre de l’Éducation nationale de la République ? C’est le paraphe de la Honte.

Qu’est –ce que l’enseignement catholique ?

(Extraits de ses Statuts)

Art. 8 : « Aujourd’hui comme hier, l’Église catholique est engagée dans le service de l’éducation. Elle accomplit ainsi la mission qu’elle a reçue du Christ : travailler à faire connaître la Bonne Nouvelle du Salut… »

Art. 17 : « Le caractère ecclésial de l’école est inscrit au cœur même de son identité d’institution scolaire ». Cette particularité « pénètre et façonne chaque instant de son action éducative, partie fondamentale de son identité même et point focal de sa mission ».

Art. 23 : L’Évangile est la référence constante des projets éducatifs, car « c’est le Christ qui est […] le fondement du projet éducatif de l’école catholique ».

Art. 41 : Une école au service du projet de Dieu : « L’Église poursuit l’œuvre du Seigneur par l’annonce de la Bonne Nouvelle qui est Jésus-Christ lui-même. C’est dans cette Église que s’inscrit et se comprend l’école catholique : la préoccupation éducative qu’elle porte, et avec elle le souci de la proposition et de l’annonce de la foi, est celle de l’ensemble de la communauté ecclésiale, dans laquelle elle trouve force et soutien. »

Pour en savoir plus, télécharger gratuitement le numéro d’Arguments « A propos de l’enseignement catholique »

Et les mêmes vont nous parler sans cesse des valeurs laïques et républicaines et exiger des associations ce que l’État viole tous les matins ?

« Le Protocole prévoit également d’instaurer un dialogue régulier sur les objectifs de renforcement de la mixité sociale et scolaire, entre les autorités diocésaines et les académies » (La Croix 17/05/2023). En clair, entre structures régionales et non pas dans un cadre national. C’est –à-dire, encore une fois, sur le plan de la territorialisation renforcée. Après le dialogue régulier entre les Académies publiques et le Patronat (Rapport cité plus haut), voici le temps du dialogue régulier entre les Académies publiques et l’École catholique ! Si on ajoute à cela l’Instance annuelle de dialogue entre le Gouvernement et l’Église catholique, créée par Lionel Jospin en février 2002, pour évoquer les sujets d’intérêt commun entre le Gouvernement et l’Église catholique, on ne peut que constater que le lien est enfin réparé entre l’État et l’Église (selon le vœu d’Emmanuel Macron aux Bernardins, le 10 avril 2018).
Bien entendu, avec l’Église catholique, la question de l’argent n’est jamais loin. L’enseignement catholique va adapter ses tarifs, accueillir les enfants boursiers, diminuer les tarifs de restauration scolaire. Qui va payer ? Pas elle, même si elle en a largement les moyens, comme la Libre Pensée l’a démontré par ses inventaires laïques pour montrer la richesse de l’Eglise qui refuse d’indemniser à hauteur correcte les victimes des crimes sexuels de son clergé.
Non, bien sûr, le Protocole indique que ce seront les Collectivités publiques et l’Etat par leurs subventions et forfaits d’externat. En clair, l’argent public des Impôts versé par les citoyennes et citoyens va financer toujours plus l’Eglise catholique et ses œuvres. Le détournement des fonds publics continue et va s’accélérer encore.

Hier comme aujourd’hui :
Abrogation des lois antilaïques !
Pas de patron, pas de curé, pas de soldat à l’Ecole laïque !

Paris, le 2 juin 2023

 

Motion concernant les projets « école du futur »

Alors que les moyens alloués pour l’Ecole actuellement ne nous permettent pas de fonctionner normalement et dignement : manque de personnels, personnels non remplacés, AESH mutualisés, suppression d’heures d’enseignement pour les élèves allophones et en situation de handicap, classes surchargées avec l’augmentation des seuils…. le gouvernement propose de préparer « l’école du futur » où les moyens seraient alloués non en fonction des besoins mais en fonction des projets…

Nous n’avons rien contre les projets, nous en faisons déjà beaucoup, à différentes échelles et nous savons aussi l’implication et le temps que cela prend…

Pour nous, accepter de se lancer « dans des projets de l’école du futur », conditions pour obtenir des financements qui ne seront mêmes pas pérennes, mais soumis à de nombreux critères d’évaluations, c’est entrer dans une autre logique de l’école publique…

Une logique d’une école libérale avec mise en concurrence des établissements pour obtenir des financements, avec des projets locaux, une autonomie accrue sur le modèle de l’expérimentation de Marseille avec des partenaires locaux (Élus, associations diverses et variées, parents, entreprises…) qui seraient partie prenante de ces projets.

La porte ouverte à une définition locale des programmes avec des contrats d’objectifs locaux, et possibilité à terme pour les directeurs de recruter les personnels correspondant au projet de l’établissement.

Des mesures qui, mises bout à bout, avec la réforme des lycées professionnels, la rémunération des professeurs sur des projets, tendent à détruire le cadre national de l’école publique et les statuts. Pour toutes ces raisons, nous considérons qu’il est dangereux de s’inscrire dans cette logique de « projets de l’école du futur », porte ouverte à toutes ces dérives. Nous innovons déjà jour après jour dans nos classes et nous demandons que les moyens dont nous avons besoin pour fonctionner soient alloués au plus vite, sans que l’on ait à entrer dans une logique libérale de projets.

L’intersyndicale Snes, Sud, Fo et Cgt du collège Gabriel Péri, le 12 décembre 2022

« L’Ecole républicaine et les petites patries » de Jean-François Chanet

Ce livre n’est pas assez connu, même s’il date de 1996, et portant il fait œuvre utile. Il est un excellent complément, avec un autre éclairage, à notre numéro de notre Collection Arguments « Langues régionales : la Libre Pensée ouvre le débat » qui réinvestit le débat sur cette question.

Selon la vulgate régionaliste et/ou réactionnaire, la IIIe République, en fondant l’Ecole, aurait voulu éradiquer les « racines » des territoires et liquider les patois et les dialectes locaux. Cet ouvrage fait tabula rasa de ces affirmations mensongères. Jamais la République n’a voulu déraciner les élèves et les maîtres. C’est l’Abbé Grégoire qui avait une obsession des « patois » et qui voulait les éliminer, pas la République.

Preuves à l’appui, Jean-François Chanet le démontre. Par exemple, si le modèle républicain est le département (œuvre de la Révolution française, sur le principe « diviser pour unir ») et non la commune qui rappelait un peu trop la paroisse, l’État républicain a tenu le plus grand compte des particularités locales. Le recrutement des enseignants se faisait dans le cadre départemental et non nationalement, ce qui aurait nivelé les terroirs. Au contraire, il y avait une volonté profonde de ne pas déraciner les maitres, c’est pourquoi la République s’est attachée à créer les Écoles normales par département, et non dans une École centrale à recrutement national.

De même l’incitation de faire faire des travaux dirigés dans les classes avec la découverte de la géographie et de la nature, de manière théorique et physique, en faisant visiter les campagnes par les élèves pour leur expliquer les diversités dans un cadre national, aurait été incompatible avec une volonté d’éradiquer les particularités locales. Le grand succès jamais démenti d’ouvrages populaires comme « Le Tour de France par deux enfants » montraient clairement l’intérêt et l’attachement à la ruralité et à la diversité des régions de France, de même que le Syndicat National des Instituteurs et son « Tour de France en 40 récits ».

Plus tard Jean Zay fera aussi beaucoup pour développer l’engouement pour le folklore. Il écrira : « Apprendre à regarder le pays natal, ce n’est pas seulement s’y attacher davantage, c’est y puiser des outils intellectuels pour élargir son horizon et gagner en liberté comme en compréhension du monde ». Et c’était bien avant Vichy qui n’hésita pas à le faire assassiner par la Milice.

Bien au contraire, il y a eu de la part de beaucoup de Ministres de l’Instruction publique (sauf Emile Combes, mais cela n’étonnera pas ceux qui connaissent sa conception quelle que peu autoritaire de la Laïcité, il était même pour interdire les dialectes locaux dans le Catéchisme. En quoi cela le regardait-il ?) Cependant il fit une circulaire le 15 mars 1896 pour récompenser les instituteurs qui participaient aux travaux archéologiques et historiques. Mais cela n’allait pas plus loin, une volonté souvent manifestée d’intéresser les Maîtres pour intéresser les élèves au folklore local par le biais d’une aide financière pour les aider à cotiser aux Sociétés d’histoire locale. Le grand Historien Marc Bloch, si chaud au cœur de beaucoup d’entre nous, allait totalement dans le même sens, de même que l’Ecole libératrice et l’Ecole Emancipée revues syndicalistes. Et ne parlons pas du Centre laïque des Auberges de Jeunesse dont c’était la base même. Terminons par rappeler le profond attachement de Jean Jaurès aux parlers locaux. Qui mettrait en doute son caractère républicain et laïque ?

La légende veut aussi que « le retour à la terre qui ne ment pas » du Régime de Vichy était de faire respecter les terroirs. Bien au contraire, respecter les terroirs passait d‘abord par expliquer les terroirs dans le rapport aux autres. Si Pétain encouragea « l’attachement à la terre », c’était pour mieux faire ressurgir chez les paysans l’obéissance « naturelle » qu’ils avaient toujours eu en tant que serfs à leur seigneur. Ce n’était en aucun cas pour leur ouvrir l’esprit comme voulait le faire la République, c’est bien pourquoi il supprima derechef les travaux dirigés qui expliquaient le monde dans lequel se mouvaient les élèves. Il fallait en faire des sujets obéissants et non des esprits libres. Comme le note Jean-François Chanet : « L’activité dirigée allait plus loin que la promenade scolaire ou la classe-promenade. Le loisir y était plus que jamais considéré comme le complément naturel d’un savoir dont la maitrise aiderait l’homme à se libérer des idées reçues, à se défier des idéologies totalitaires. »

Il faut prendre et comprendre la République dans le contexte de l’époque, elle mettait le ruralisme et le localisme à l’honneur dans un École qui vantait l’unité de la Patrie. Il fallait attacher les élèves à leurs sols pour mieux les projeter pour la gloire de la Patrie. Le raisonnement était clair : plus les élèves, futurs soldats, seraient attachés à leur glaise, plus ils seront d‘excellents soldats pour défendre le sol natal et national. On peut penser ce que l’on veut aujourd’hui de cela, et personnellement je ne me reconnais nullement dans cette problématique guerrière et revancharde, mais cela prouve qu’il n’y avait pas une volonté d’éradiquer les particularités locales, notamment les dialectes et patois. Ferdinand Buisson dira même : « L’amour de la petite patrie mène à l’amour de la grande ».

L’auteur montre aussi les expériences pédagogiques pour enseigner les patois dans l’École publique comme un exercice pour mieux comprendre le français. Il note d’ailleurs, par exemple, que la langue d’Oc était souvent plus riche pour faire comprendre quelques règles et mots de Français. Il y avait d’ailleurs des régions entières où les élèves entrant à l’École laïque ne parlaient que leur patois ; si les maîtres n’en avaient pas eu une pratique réelle et certaine comment auraient-ils enseigné ? Si les maîtres avaient fait autrement, l’École publique n’aurait jamais pu s’enraciner durablement dans les campagnes, elle aurait été rejetée comme un produit d’exportation. Or, c’est tout le contraire qui a eu lieu. Michel Bréal, grand pédagogue et linguiste de renommée dans l’Éducation nationale ne disait-il pas : « Rien n’est plus fâcheux et plus erroné que cette manière de traiter les dialectes. Loin de nuire à l’étude du Français, le patois en est le plus utile auxiliaire » ?

La multiplication des activités péri, para et postscolaires ne pouvaient se faire sans être accrochées à des goûts, us et coutumes et pratiques locales. La multiplication de la construction des écoles, outre que cela favorisait l’économie locale, conduisait à une guerre des monuments entre l’École laïque et l’Église. Cela n’aurait pu être tolérée, à cette époque, par les populations si cela avait été basée sur une éradication du « localisme« . L’auteur cite de nombreux sujets d’examens et de concours à travers le temps qui valorisent l’aspect local.

Le recrutement local des institutrices et des instituteurs a toujours été tenu pour préférable que la mutation hors du département. D’ailleurs, n’est-ce pas là une des raisons de la loi Roustan de rapprochement des conjoints, permettre le retour à son point d’origine ? Cette loi était faite notamment pour fixer le « cheptel » des enseignants dans le département, unité principale de la République. Cela s’opposait à l’uniformisation nationale faussement appelée « jacobine », c’était la marque du respect des cultures et coutumes locales. Il n’y a pas eu de constitution plus centralisée que celle des Girondins-Thermidoriens de 1795.

L’auteur poursuit aussi son étude sur les langues régionales et note avec raison que la loi Deixonne du 11 janvier 1951, première loi française autorisant l’enseignement des langues régionales de France n’aurait eu aucune raison d‘être, si les langues régionales, dialectes locaux et patois avaient totalement disparu. Cela pourrait sembler étonnant à la vue du positionnement de certains aujourd’hui (les écoles Diwan ont toujours été soutenues par les cléricaux en Bretagne), mais qui a imposé la langue française en immersion et interdit les parlers locaux ? : les Frères des écoles chrétiennes. Certains avaient voulu interdire, mais sans succès, l’emploi de la langue allemande dans les départements retrouvés d’Alsace-Moselle. C’était matériellement impossible de le faire dans l’École.

Il y a aussi beaucoup de passages du livre fort intéressants sur la notion du Primaire qui était une fierté des Institutrices et des Instituteurs, à une époque où le Certificat d’études primaires était un « aimant social » pour tous. Je recommande vraiment la lecture de cet ouvrage qui vous apportera beaucoup et qui réduit à néant les fadaises et billevesées sur l’École publique et Laïque, « niveleuse des différences ». Il fallait faire ce livre et Jean-François Chanet l’a fait. Qu’il en soit vivement remercié.

Christian Eyschen

L’École républicaine et les petites patries par Jean-François Chanet –Editions Aubier-Histoire- 428 pages – 35,21€

Lettre des DDEN de Haute-Garonne au maire de Toulouse à propos de la dénomination du groupe scolaire Saliège

Monsieur le Maire,

A l’instar d’associations et mouvements amis de l’école publique et défenseurs de la laïcité, l’UDDDEN31 (Union départementale des DDEN de la Haute-Garonne) tient à vous faire part de sa préoccupation concernant le nom du groupe scolaire « J. G. Saliège » à Toulouse.

Suite à une décision du Conseil municipal que vous présidez, le choix de la dénomination et du contenu des plaques apposées sur les murs d’un établissement d’enseignement public met en avant les signes, paroles et l’autorité symboliques d’une personnalité dont on n’oublie pas que la vocation existentielle fut de s’engager au service exclusif d’une religion et de ses dogmes, nonobstant ses positions humanitaires et actes de résistance lors du 2d conflit mondial unanimement reconnus et par ailleurs célébrés officiellement à leur juste mesure. C’est également ainsi que s’appelle un autre établissement de l’agglomération toulousaine -très clairement de l’enseignement privé-.

Pour l’UD-DDEN31 cet acte

-prend le risque de brouiller, dans les consciences et les esprits des familles et des enfants, la perception de la mission première de l’école publique, mise en exergue dans la Charte de la Laïcité à l’école et dans notre Constitution à savoir: la transmission des valeurs et principes fondateurs de
notre République « indivisible, laïque, démocratique et sociale » ;

-contrevient concrètement à l’obligation de laïcité et de neutralité de l’école publique. En effet, l’article 28 de la loi de 1905, dite de séparation des Eglises et de l’Etat, « interdit, à l’avenir, d’élever ou d’apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque
emplacement public que ce soit, à l’exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires, ainsi que des musées ou expositions ».

C’est pourquoi l’UD DDEN31 vous demande de prendre les mesures nécessaires permettant de lever toute ambiguité sur le caratère laïque de ce groupe scolaire public en vous mettant en conformité avec la loi.

Dans l’attente de votre réponse, je vous prie d’agréer, Monsieur le Maire, l’assurance de ma parfaite considération.

Pour l’UD DDEN31
le président

Copie au DASEN, à la FDDEN, La Dépêche du Midi, France 3, aux associations et organisations amies

Pour une laïcité de liberté et d’émancipation

La LDH (Ligue des droits de l’Homme), la Fédération nationale de la Libre pensée, la Vigie de la Laïcité, Solidarité laïque et l’Union rationaliste n’ont cessé de rappeler leur attachement à la loi du 9 décembre 1905, loi de liberté et d’émancipation. Leur opposition à toute modification substantielle remettant en cause l’esprit de ce texte fondateur de l’identité républicaine s’inscrit dans une perspective plus large de défense de toutes les libertés publiques.

 

TRIBUNE. « Alerte sur les libertés associatives » (JDD 23/04/2023)

Plusieurs acteurs des secteurs associatifs et syndicaux, dont Claire Thoury, présidente du Mouvement associatif, Laurent Berger ou encore Patrick Baudouin, président de la Ligue des droits de l’Homme, alertent sur la remise en cause de la liberté des associations.

Manifestation le 14 avril, caisse de soutien pour la Ligue des droits de l’Homme.

Voici leur tribune :

« Le 5 avril, le ministre de l’Intérieur, appelé à réagir sur les critiques formulées par la Ligue des droits de l’homme quant à l’action des forces de l’ordre à Sainte-Soline, a indiqué que, dans ce contexte, les subventions accordées par l’État à la LDH devraient être examinées, avant d’enjoindre aux collectivités territoriales de faire de même.

Ces déclarations ont, à juste titre, suscité de vives réactions. Parce que l’expression du ministre de l’Intérieur ressemble à un fait du prince usant de son pouvoir pour réduire les oppositions, et parce qu’elle porte sur une association dont l’histoire est faite, depuis cent vingt-cinq ans, de combats pour protéger les droits et libertés de tous et faire vivre les valeurs de la République.

Il est évidemment normal qu’un financeur s’assure de la bonne utilisation des fonds par les associations qu’il subventionne ; mais cela sur la base des missions de l’association, pour lesquelles elle est soutenue ; et non pas conformément à ce que souhaiterait entendre le gouvernement.

Subventionner une association ne veut pas dire la contraindre au silence

Subventionner une association ne veut pas dire la contraindre au silence. La grandeur d’une démocratie est de savoir soutenir la diversité des approches et des points de vue qui permettent le débat et qui sont aussi des contre-pouvoirs nécessaires. Il est donc extrêmement grave qu’un ministre de la République mette ouvertement en question les financements accordés à une association parce que cette dernière, dans le respect de la loi, a une parole critique sur l’action de l’État.

Si le ministre de l’Intérieur se permet cette mise en question si directe, c’est parce que le climat aujourd’hui l’y autorise. En effet, ces déclarations interviennent dans un contexte de remise en cause de l’indépendance des associations.

La loi confortant le respect des principes de la République, dans ses différentes dispositions relatives aux associations, et notamment le contrat d’engagement républicain, en est la traduction très concrète. Une boîte de Pandore a été ouverte et met à mal la capacité d’action et d’interpellation des associations.

Cette fragilisation est dangereuse. Elle a des impacts sur ceux qui sont engagés pour l’intérêt général et qui se voient témoigner de la défiance ou opposer des pressions ; des impacts sur la transformation sociale qui est bien souvent portée par les associations ; des impacts, enfin et surtout, sur notre vitalité et notre sérénité démocratiques. La société a plus que jamais besoin de ces espaces de construction de la parole et de l’action collectives que sont les associations. Limiter et contraindre ces expressions ne peut que contribuer à exacerber des tensions déjà vives dans notre société.

La défenseure des droits, dans un communiqué du 14 avril, constate « une intensification des risques d’atteintes à la liberté d’association » et souligne qu’« une telle évolution est hautement problématique dans un État démocratique ». Plus que jamais, il est essentiel de réaffirmer collectivement notre attachement aux libertés associatives, de rendre publiques toutes les atteintes qui y seront portées et de nous mobiliser contre ces attaques.

Il est de la responsabilité du gouvernement d’affirmer haut et fort, en mots et en actes, que les libertés associatives sont au cœur de notre pacte démocratique. Nous appelons également ceux qui en savent toute l’importance, et notamment les élus territoriaux qui construisent au quotidien avec les associations, à se mobiliser pour elles. »

Les signataires

1. Claire Thoury, Présidente, Le Mouvement associatif
2. Thierry Abalea, Président, Le Mouvement associatif Bretagne
3. Yoann Alba, président, Crajep Centre Val de Loire
4. Stéphane Alexandre, Co-président, Réseau National des Juniors Associations
5. Fanette Bardin, Arthur Moraglia, Pauline Veron, Co-président.e.s, Démocratie Ouverte
6. Patrick Baudouin, Président, Ligue des droits de l’Homme
7. Souâd Belhaddad, Fondatrice, Citoyenneté Possible
8. Laurent Berger, Secrétaire général, CFDT
9. Patrick Bertrand, Directeur exécutif, Action Santé Mondiale
10. François BOUCHON, Président, France Bénévolat
11. Lucie Bozonnet, Yann Renault, Arnaud Tiercelin, coprésident.es , Cnajep
12. Olivier Bruyeron, Président, Coordination SUD
13. Sylvie Bukhari-De Pontual, Présidente, CCFD-Terre Solidaire
14. Rodrigue Carbonnel, Secrétaire général, Fédération des Aroeven
15. Marie-Pierre Cattet, Présidente, Le Mouvement associatif Bourgogne-Franche Comté
16. Philippe Clément, Président, Le Mouvement associatif Normandie
17. Patricia Coler, co-présidente, Mouvement pour l’Economie Solidaire
18. Henry de Cazotte, président, GRET
19. Leopold Dauriac, co-président, MES Occitanie
20. Charlotte Debray, Déléguée générale, La Fonda
21. Michelle Demessine, Présidente, Union nationale des associations de tourisme
22. Jean-Luc Depeyris, directeur général, Sauvegarde du Val d’Oise
23. Thierry Dereux, Président, FNE Hauts de France
24. Sophie Descarpentries, Co-présidente, FRENE
25. Julie Desmidt, co-présidente, UFISC
26. Véronique Devise, Présidente, Secours Catholique – Caritas France
27. Cécile Duflot, Directrice générale, Oxfam France
28. Sarah DUROCHER, Présidente, Planning familial
29. Gilles Epale, Président, Le Mouvement associatif Auvergne-Rhône-Alpes
30. Christian Eyschen, Secrétaire général, Fédération nationale de la Libre Pensée
31. Jean-Marie Fardeau, Délégué national, VoxPublic
32. Beatrice Fonlupt, directrice générale, ADAES 44
33. Françoise Fromageau, présidente, Mona Lisa
34. Claude Garcera, Président, Union Nationale pour l’Habitat des Jeunes
35. Christophe Gaydier, Président, Animafac
36. Iola Gelin, directrice, CEMEA Centre Val de Loire
37. Martine Gernez, Présidente, HAMAP
38. Dominique Gillot, Présidente, Fédération générale des PEP
39. Gérald Godreuil, Délégué général, Fédération Artisans du Monde
40. Bruno Guermonprez, Président, Élevages Sans Frontières
41. Dominique Guillien Isenmann, Présidente, Fédération Nationale solidarité femmes
42. Dominique Hays, Président, Réseau Cocagne
43. Michel Horn, Président, GRAPE Normandie
44. Eric Hugentobler, directeur, Picardie Nature
45. Didier Jacquemain, Président, Hexopée
46. Véronique Jenn-Treyer, Directrice, Planète Enfants & Développement
47. Michel Jezequel, Président, CRESS Bretagne
48. Mohamed Khandriche, Président, Touiza solidarité
49. Michel Le Direach, Président, UFCV
50. Marion Lelouvier, Présidente, Centre français des Fonds et Fondations (CFF)
51. Jacques Limouzin, Président, Mouvement des Régies
52. Marie-Claire Martel, Présidente,COFAC
53. Océane Martin, Déléguée générale, Radio Campus France
54. Catherine Mechkour-Di Maria, Secrétaire générale, Réseau national des ressourceries et recycleries
55. Hélène Mimar-Rangel, présidente, Radio Occitania
56. André Molesin, Responsable régional Occitanie, ESPER
57. Alexandre Moreau, Président, Anafé
58. Véronique Moreira, Présidente, WECF France
59. William Morissé, président, Office de tourisme des Portes Euréliennes d’Ile de France
60. Judith Pavard, Présidente, Fédération nationale des arts de la rue
61. Yvan Pavis, Délégué régional, Fédération des MJC Ile de France
62. Valérie Pélisson-Courlieu, Directrice générale, ESPERER 95
63. Philippe Pereira ,Délégué national, Cotravaux
64. Guy Plassais, Président, Fédération 95 de la Ligue de l’Enseignement
65. Jean-François Quantin, Coprésident, MRAP
66. Marie-Noëlle Reboulet, présidente, Geres
67. Marcel Rémon, Directeur, CERAS
68. Tristan Rivoallan , Trésorier, Constructions Incongrues
69. Christophe Robert, Délégué général, Fondation Abbé Pierre
70. Jean-Marc Roirant, Président, Fédération de Paris Ligue de l’Enseignement
71. Christine Rollard, Présidente, OPIE
72. Michel Roy, Secrétaire général, Justice et Paix France
73. Gilles Rouby, Président, Collectif des Associations Citoyennes
74. Jérôme Saddier ,Président, ESS-France
75. Nadjima Saïdou, Présidente, Engagé•e•s & Déterminé•e•s
76. Cécile Sajas, Présidente, Crajep Ile de France
77. Arnaud Schwartz, Président, France Nature Environnement
78. Pierre SEGURA, Président, Fédération nationale des Francas
79. Roger Sue, Sociologue
80. Antoine SUEUR, Président, Emmaüs France
81. Françoise Sturbaut, Présidente, Ligue de l’Enseignement
82. Julien Talpin, Chargé de recherche au CNRS, Observatoire des libertés associatives
83. Marielle Thuau, Présidente, Fédération Citoyens & Justice
84. Florence Thune, Directrice Générale, Sidaction
85. José Tissier, Président, Commerce Equitable France
86. Jérémie Torel, co-président, Bénénova
87. Mackendie Toutpuissant, Président, FORIM
88. Robert Turgis, Président, Le Mouvement associatif d’Ile-de-France
89. Elise Van Beneden, Présidente, Anticor
90. Nathalie Vandermersch, Directrice Générale, Ajhiralp
91. Didier Vaubaillon, Président, Terre des Hommes France
92. Françoise Vernet, Présidente, Terre&Humanisme
93. Loreline Vidal, Administratrice référente, Réseau National des Maisons des Associations
94. Jérôme Voiturier, Délégué général, UNIOPSS
95. Youlie Yamamoto, Porte-Parole, Attac France

Communiqué de Presse du Grand Orient de France

Depuis trois siècles, le Grand Orient de France, par les principes qui le fondent, par l’idéal qui le guide, combat avec force et vigueur, l’obscurantisme, le totalitarisme et l’autoritarisme.

Dans ce combat pour l’émancipation et la liberté absolue de conscience, pour la liberté d’expression et la citoyenneté, nous avons partagé la lutte commune contre les forces réactionnaires avec de grandes associations dont la Libre Pensée et la Ligue des Droits de l’Homme.

Même si nos chemins ont pris des voies différentes, le Grand Orient de France reste profondément attaché à ces associations historiques qui ont accompagné la promotion et la défense de la République.

Le Grand Orient de France affirme sa solidarité avec la Libre Pensée, cible d’attaques inacceptables des forces réactionnaires.
Le Grand Orient de France affirme sa solidarité avec la Ligue des Droits de l’Homme, vigie des libertés publiques.

Quelles que soient nos divergences, la Libre Pensée et la Ligue des Droits de l’Homme, restent des compagnons de route de l’engagement républicain du Grand Orient de France.

Dans ce combat pour la liberté, l’égalité, la fraternité, pour la liberté de conscience et la liberté d’expression, le Grand Orient de France sera toujours sans ambiguïté aux côtés et en soutien de toutes celles et ceux qui travaillent sans relâche à une société meilleure, plus juste, plus solidaire, à la République indivisible, laïque, démocratique et sociale.

Fait à Paris, le 28 avril 2023

Editorial. J’accuse, nous accusons, nous récusons

Nul ne peut en douter, la Fédération nationale des DDEN joue son avenir dans quelques jours. Le congrès prévu dans quelques jours a été taillé sur mesure pour faire passer en force des nouveaux statuts de la FNDDEN pour permettre à Eddy Khadli de jouer le potentat local sans aucune contestation possible à l’avenir.

Ce Congrès, s’il se tient comme prévu par les « hautes autorités », sera un coup d‘Etat à froid, un pronunciamiento fait par quelques factieux pour tenter de renforcer leur mainmise sur la FNDDEN.

Pour cela, Khadli tente de créer un climat de terreur permanente, mais la vie va montrer prochainement, que la révolte gronde et que, selon la formule d’Auguste Comte (reprise et pervertie par Charles Maurras), le choc va avoir lieu entre « le pays légal et le pays réel ».

Nul ne peut accepter qu’un apprenti-dictateur puisse dicter sa loi à une association aussi honorable que la Fédération nationale des Délégués Départementaux de l’Education nationale.

Dès qu’une voix s’élève pour poser des questions ou des interrogations légitimes, Eddy Khaldi grogne, cogne et se met à hurler comme un dément pour tenter de faire taire les éventuels opposants.

C’est ainsi qu’il a fait voter une plainte par le Conseil fédéral contre le Délégué laïque pour « diffamation et injure publique ». Autant dire, que peu nous chaut et que nous voyons venir cela d’un sourire tranquille. Visiblement, il va vite se rendre compte qu’il prend ses désirs pour des réalités et il va finir par se brûler. S’il pense qu’il va terroriser les initiateurs du Délégué laïque, il se trompe d’époque, de lieu et de personnes.

Il est donc temps de dire les choses clairement, ce que tout le monde sait d’ailleurs.

C’est la Fédération nationale de la Libre Pensée qui, à la suite de nombreuses demandes de libres penseurs membres des DDEN consternés par le cours des choses en interne dans la FNDDEN, a décidé d’offrir un cadre de résistance aux DDEN qui ne voulaient pas que leur association se saborde sous les délires d’un Pol-Pot de banlieue. Nous avons été rejoints ensuite par de nombreux DDEN qui n’étaient pas à la Libre Pensée, mais qui partageaient notre souci de défendre cette association.

Autant dire que le résultat est à la hauteur de nos espérances. Le Délégué laïque a rendu publiques des informations qu’Eddy Khaldi voulait laisser sous le boisseau de sa rigidité de contrôle absolu. Il a apporté des éclaircissements pour faire comprendre ce qui était en jeu. Notre revue numérique a rendu littéralement fou de rage le potentat et a hanté ses jours et ses nuits. Plus il nous attaquait, plus le nombre de DDEN qui voulaient recevoir le Délégué laïque a augmenté, de façon exponentielle.

Nous remercions donc Eddy Khaldi de cette publicité, certes involontaire, mais efficace, même si c’était à son détriment. Jupiter rend fou celui qu’il veut perdre, dit-on depuis longtemps.

La Fédération nationale de la Libre Pensée l’a fait, car elle ne pouvait laisser détruire une composante importante du mouvement laïque organisé sans rien faire. Cela aurait été non-assistance à association laïque en danger.

Que la critique ne plaise pas, c’est la vie, cela fait partie du débat démocratique et pluraliste. Mais quand on en appelle à la police et à la Justice pour faire taire les opinions qui ne vous plaisent pas, cela s’appelle la dictature d’un petit bureaucrate besogneux, trop peu sûr de lui pour débattre à armes égales.

La Libre Pensée, dans son action, s’est beaucoup inspirée de ces phrases célèbres de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais :

  • Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur.”
  • “La difficulté de réussir ne fait qu’ajouter à la nécessité d’entreprendre.”
  • “Je me presse de rire de tout, de peur d’être obligé d’en pleurer.”
  • “On ne s’intéresse guère aux affaires des autres que lorsqu’on est sans inquiétude sur les siennes.

Dans la plainte contre le Délégué laïque, Eddy Khaldi centre son « reproche » qui motive se demande de poursuite sur des citations du Numéro 8 de notre revue numérique, quand nous l’avons caractérisé comme un « Bureaucrate stalinien ».

Quand on veut régler des différents d’orientation par un congrès qui va prendre des mesures administratives et statutaires pour faire taire tout critique et opposition, c’est la méthode bureaucratique classique. Celle qu’ont emprunté tous les dictateurs, notamment Staline. C’est un fait. Ce que les dictateurs exècrent le plus, c’est la liberté d’opinion et d’expression. Pour ces gens-là, vous ne pouvez vous exprimer que si vous êtes d‘accord avec eux et que vous leur obéissez en leur dressant des louanges.

Par ailleurs, s’il y a un procès, il faudra donc que le Tribunal dise si « stalinien » est une injure et une diffamation publique. On va vivre dans ce cas un grand moment qui va rester dans les annales.

Dire « nazi » à quelqu’un est incontestablement une injure et une diffamation publique, car le Tribunal international de Nuremberg a établi juridiquement la SS comme « corps criminel », et qu’en conséquence, cela est bien une injure et une diffamation publique.

Mais aucun tribunal n’a caractérisé le « stalinisme » comme un corps criminel. Certains en rêvent, ceux qui fricotent avec les néo-nazis en Europe notamment. La « pensée juridique » d’Eddy Khaldi semble puiser à de biens curieuses sources. Juridiquement « stalinien » est une caractérisation politique, mais pas une injure publique (juridiquement, je répète). On comprend que cela ne doit pas être agréable ; moi qui suis trotskiste, je peux le comprendre très bien. Cela procède du débat public qu’Eddy Khaldi semble vouloir empêcher contre ses propres turpitudes.

Faudrait-il prohiber Louis Aragon, Paul Eluard, André Gide et tant d‘autres qui se sont glorifiés d’être « staliniens » et même qui s’est revendiqué en être le premier pour Aragon ?

Dans le même genre, il écrit dans les années 1930 le poème «Front rouge», à la gloire de la police stalinienne : «Vive le Guépéou, figure dialectique de l’héroïsme.» Ou ce texte : «Lorsque ma femme aimée me donnera un enfant, le premier mot que je lui apprendrai sera : Staline

Et encore :

« Ô, Grand Staline Ô Grand Staline, Ô chef des peuples;
Toi qui fais naître l’homme
Toi qui fécondes la terre
Toi qui rajeunis les siècles
Toi qui fais fleurir le printemps
Toi qui fais vibrer les cordes musicales
Tu es la fleur de mon printemps »

Faut-il considérer comme une injure que de nombreux résistants contre le nazisme se soient revendiqués « staliniens» ?

S’il y a un procès, cela ne va pas être triste, réservez vos places !

S’il y a un procès, ce sera avant tout celui d’Eddy Khaldi et de ceux qui lui permettent de faire cela en toute impunité dans la FNDDEN, chacun devra rendre des comptes. Et l’on peut compter sur la Libre Pensée pour dire ce qu’elle a à dire et pour se servir de tout cela comme d’une tribune publique.

Après le brouillard qui enfume, le soleil finit toujours par briller.

Christian Eyschen, Secrétaire général de la Libre Pensée